Sur les traces de la Russie à Bruxelles

Si cette année la crise sanitaire a fait voler en éclat tout rêve de voyage vers la Russie, sachez que Bruxelles regorge d’endroits qui sauront vous offrir un avant-goût de la culture russe. Du buste de Pierre le grand à celui d’Alexandre 1er en passant par l’avenue Stalingrad vers le monument Pouchkine, il souffle dans l’air de Bruxelles un parfum de Russie. Laissez-vous transporter au delà des frontières à travers ces lieux qui racontent, chacun à leur manière, un morceau de l’histoire aussi riche que vaste de l’identité russe.



Pierre le Grand (1672-1725)




Le buste de Pierre le Grand trône en maître parmi les arbres dans un coin paisible du parc Royal de Bruxelles. S’il a été placé en ce lieu précis, c’est parce que l’empereur s’y trouva de son vivant lorsqu’il fut reçu à l’ancien palais de Coudenberg en 1717. L’anecdote veut qu’à la suite d’un fastueux banquet, Pierre le Grand partit se promener ivre dans le parc Royal. Quelque instant plus tard, on le retrouva échoué sur le sol en train de désemplir son estomac du repas qu’il venait d’ingurgiter. Si cette histoire insolite contribue à un certain mythe et folklore autour de Pierre le Grand, ce dernier n’en est pas moins un remarquable empereur. Imposant et majestueux physiquement (celui-ci mesurait près de deux mètres), il était tout aussi grand dans ses idées et sa vision du monde. A une époque où la Russie était un pays considéré comme « barbare » et replié sur lui-même, l’empereur ouvrit son peuple à l’Europe et au progrès technologique. Dans le cadre d’une campagne d’envergure appelée « Grande Ambassade » qui dura près de deux ans, Pierre le Grand sillonna l’Europe pour s’inspirer des courants de pensée, former des alliances et ramener le savoir-faire européen dans son pays. Cette « européanisation » de l’empire russe, marquée notamment par toute une série de réformes, est en autre à l’origine d’une crise identitaire qui apparut quelque temps plus tard en Russie vers le 19 ème siècle et qui oppose encore aujourd’hui deux catégories de penseurs : occidentalistes et slavophiles. Il est à noter que d’autres représentations de Pierre le Grand se retrouvent ailleurs en Belgique, tels qu’à Liège, Spa et Anvers.



Alexandre 1er (1777-1825)




Situé dans le square du 21 juillet dans la commune de Laeken, le buste d’Alexandre 1er réside au milieu des haies non loin de Léopold 1er. Surnommé le « sphynx » par ses contemporains, Alexandre 1er est le célèbre empereur qui mena à la victoire le peuple russe en 1812 face à la Grande Armée de Napoléon 1er. Lors de ce conflit sanglant que l’on nomme en Russie « la Guerre patriotique de 1812 », l’armée impériale russe incendia presque intégralement Moscou afin de contraindre Napoléon à battre en retraite au beau milieu de l’hiver. Désemparés et abattus, Napoléon et ses hommes sont pourchassés jusqu’à Paris où Alexandre 1er est déclaré vainqueur au printemps 1814. Outre cet exploit militaire, Alexandre 1er est également connu pour avoir exprimé des idées de rapprochement entre les Eglises d’Orient et d’Occident. Mais l’aspect le plus intéressant de ce personnage emblématique réside probablement dans le mystère qui entoure sa mort. En effet, selon la légende, Alexandre 1er aurait orchestré sa propre disparition et ne serait pas décédé en 1825. Son identité postiche aurait été Fiodor Kouzmitch, un homme énigmatique qui lui ressemblait apparemment en tout trait et tout point.


Alexandre Pouchkine (1799-1837)


Le monument dédié au célèbre poète se trouve au centre de la place Pouchkine dans la commune de Laeken. Pillier de la culture moderne russe, Pouchkine fait partie de cette catégorie d’écrivains dite du « siècle d’or » de la littérature en Russie. A une époque où tout n’était que pâle copie des œuvres européennes, une nouvelle génération d’hommes de lettres au 19ème siècle sut donner vie à une identité littéraire propre à la Russie. Pouchkine est l’une des figures de proue de ce siècle d’or. Il est probable que son œuvre la plus célèbre porte le nom d’Eugène Onéguine, un roman en vers d’une grande valeur historique qui exprime le malaise traversé par la société russe à la suite des réformes de Pierre le Grand. Evoqué par Nicolas 1er comme l’homme le plus intelligent de Russie, Pouchkine est également un homme à la vie sentimentale débridée. C’est d’ailleurs pour une femme qu’il mourut en 1837 à la suite d’un duel face à son rival beau-frère.


Avenue Stalingrad


Située dans le quartier Stalingrad, l’avenue du même nom présente un panneau avec l’inscription suivante :


« Avenue de Stalingrad.

Après de durs combats autour de la ville de Stalingrad (aujourd’hui Tsaritsyne), l’Armée Rouge remporta le 2 février 1943 une victoire décisive contre les troupes allemandes. La bataille de Stalingrad a constitué un tournant déterminant sur le front russe et dans l’histoire de la seconde guerre mondiale.

En Belgique, comme dans le reste de l’Europe occupée, cette bataille a marqué l’imaginaire de la population.

L’avenue de Stalingrad est inaugurée en 1948 en souvenir de cette bataille historique et pour rendre hommage aux soldats de l’Armée Rouge qui ont combattu victorieusement contre l’armée d’Hitler. Ils ont payé un lourd tribu en perte humaine et ont supporté le plus lourd poids de la guerre au moins jusqu’au 6 juin 1944, avant l’ouverture d’un véritable deuxième front en Normandie contre le nazisme. »


Dispersés un peu partout à Bruxelles, ces diverses curiosités nous plongent un tant soit peu dans l’imaginaire russe et sont autant de témoins de l’amitié qui lie le peuple de Belgique à celui de Russie.



par Julien Righetti

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